Brève histoire de sa vie et de son œuvre
Le Pionnier
Calouste
Sarkis Gulbenkian naquit à Scutari (Istanbul) en 1869 dans
une famille de négociants arméniens aisés. II fit des études
d'ingénieur au "King's College" de Londres, où il
obtint en 1887, avec mention, son diplôme au "Department of Engineering
and Applied Sciences".
A 22 ans, en 1891, il eut l’occasion de visiter la Transcaucasie et
les champs pétrolifères de Bakou. Ce voyage lui inspira un
livre - "La Transcaucasie et la Péninsule d'Apchéron -
Souvenirs de Voyage" - dont plusieurs chapitres furent publiés
dans la "Revue des Deux
Mondes" sous le titre "Le pétrole,
source d'énergie".
Ces articles
attirèrent l’attention
du Ministre des Mines du Gouvernement Ottoman, qui demanda à Calouste
Gulbenkian d'élaborer
un rapport sur les champs pétrolifères de l’Empire, notamment
ceux de Mésopotamie.
Nul n'ignore
aujourd'hui que les plus grandes réserves de pétrole
(en dehors des Etats-Unis) sont concentrées au Moyen-Orient, mais
on s'y intéressait moins à la fin du siècle dernier,
et il fallut alors beaucoup de clairvoyance et de persévérance à ceux
qui avaient compris que commençait l’ère du pétrole,
pour convaincre les grands financiers internationaux et les autorités
ottomanes de la nécessité d'organiser l’exploitation
rationnelle de cette prodigieuse source d'énergie.
Calouste
Gulbenkian fut à la fois un pionnier du développement
pétrolier au Moyen-Orient, un négociateur avisé et un
expert financier d’une qualité exceptionnelle.
Lorsqu'à la fin du XIXème
siècle, l’industrie
internationale du pétrole commença à prendre forme,
Calouste Gulbenkian joua un rôle très important dans la création
du Groupe "Royal Dutch-Shell"; il servit d'agent de liaison entre
les industries pétrolières américaines et russes; ce
fut lui qui mit en branle cette industrie dans le Golf Persique.
Ce fut
lui également qui, pendant
la Guerre de 1914-1918, donna l'idée
de créer en France un "Comité Général du
Pétrole" et qui mit toute son expérience en la matière à la
disposition de son premier Président, Henri Bérenger. A cette époque,
Calouste Gulbenkian présenta au Gouvernement Français un plan
prévoyant que les intérêts de la "Deutsche Bank" dans
la "Turkish Petroleurn Company", confiés aux Anglais depuis
1915, reviendraient de droit à la France en raison de la grande part
de ce pays dans l'effort de guerre. Ce plan devait être mis en œuvre
par le Traité de San Remo, en 1920.
C'est ainsi
que la " Compagnie Française
des Pétroles",
constituée en 1924, participa au capital de la "Turkish Petroleum
Co." et que la France eut accès, pour la première fois,
aux réserves de pétrole du Moyen-Orient.
En 1928,
après de laborieuses négociations
où Calouste
Gulbenkian joua un rôle primordial, les actions de l'ancienne "Turkish
Petroleum Co. Ltd." -devenue "Iraq Petroleurn Co. Ltd." -
furent partagées entre quatre compagnies pétrolières:
l'"Anglo-Persian Oil Co." (aujourd'hui BP), le "Royal Dutch-Shell
Group", la "Compagnie Française des Pétroles",
et la "Near East Development Corporation" (moitié Standard
Oil/New Jersey, moitié Socony Mobil Oil). La part de chacune des compagnies
correspondait à 23,7% du capital, et Calouste Gulbenkian a conservé les
5% qui restaient.
D'où le surnom de "Monsieur
Cinq pour cent" avec lequel
Calouste Gulbenkian fut désormais connu dans le monde du pétrole.
L’Amateur d'Art
Calouste
Sarkis Gulbenkian fut un extraordinaire amateur d'art au plein sens du
terme: son goût était raffiné, il aimait les
objets davantage pour leur beauté et leur qualité que pour
leur valeur marchande.
Sa très belle collection de peintures
européennes, allant
des primitifs jusqu'aux impressionnistes, s'est fait connaître du public
depuis qu'elle a été prêtée à des musées
- la "National Gallery" de Londres et la "National Gallery
of Art " de Washington - pour des expositions, entre 1930 et 1950.
Mais
Calouste ne s'intéressait pas qu'à la peinture: il a
réuni des collections très éclectiques - sculpture égyptienne,
céramiques orientales, manuscrits, reliures et livres anciens, objets
de verre syriens, mobilier français, tapisseries et étoffes,
bijoux de Lalique, monnaies et médailles grecques, etc.
Des tableaux
de Bouts, Van der Weiden, Lochner, Cima da Conegliano, Carpaccio, Rubens,
Van Dyck, Frans Hals, Rembrandt, Guardi, Gainsborough, Turner, Romney, Lawrence,
Fragonard, Corot, Renoir, Nattier, Boucher, Manet, Degas et Monet figurent
dans la collection de peintures. Parmi les sculptures, on peut voir l'original
en marbre de 1 célèbre Diane de Houdon, qui appartint à Catherine
II la Grande et qu'il acheta au Musée de l'Hermitage en 1930.
Calouste
Gulbenkian avait exprimé le désir que ses œuvres
d'art - plus de 6000 -fussent réunies sous un même toit.
Grâce aux facilités accordées par le Gouvernement Français
et aux conditions dans lesquelles s'effectua le prêt à la "National
Gallery of Art" de Washington, ce souhait put être exaucé:
la collection toute entière se trouve au Portugal depuis Juin 1960.
De 1965 à 1969, elle fut en partie exposée au Palais Pombal, à Oeiras.
Elle
est actuellement conservée à Lisbonne, dans un édifice
spécialement construit pour elle, le Musée Calouste Gulbenkian,
inauguré en 1969. C'est certainement, entre tous les musées
d'arts décoratifs, l'un des mieux organisés.
Le Philanthrope
Calouste
Gulbenkian ne sut pas seulement édifier une grande fortune,
il sut aussi en user avec générosité tant durant sa
vie qu'en prévoyant ce qu'il en serait après sa mort.
Dans
le domaine de la bienfaisance, il eut le souci constant de venir en aide à ceux
dont aucun organisme ne pouvait ni ne voulait résoudre
les problèmes.
Il s'intéressait tout particulièrement
aux communautés
arméniennes, et fut un bienfaiteur du Patriarcat Arménien de
Jérusalem, qu'il dota d'une MUM. Arménien pratiquant fidèlement
sa religion, il fit construire à Londres, l'Eglise Saint Sarkis, dédiée à la
mémoire de ses parents.
En
avril 1942, en pleine guerre, Calouste Gulbenkian se rendit pour la première
fois au Portugal, en quête de paix - d'une paix qu'on ne trouvait alors
presque nulle part en Europe. Treize ans plus tard, le 20 juillet 1955, il
mourut à l'Hôtel Aviz, à Lisbonne, où il s'était
installé avec l'intention d'y rester.
Par testament
en date du 18 juin 1953, Calouste Gulbenkian, citoyen anglais depuis 1902
et pouvant à ce
titre disposer librement de ses biens, créa, après avoir institué des
legs importants à ses
enfants et des pensions viagères à d'autres membres de sa famille
et de ses plus anciens collaborateurs, une Fondation qui devait porter son
nom et hériter du reste de sa fortune.
Aux termes
du testament, il s'agit d'une Institution dont les buts sont charitables,
artistiques, éducatifs
et scientifiques.
Par la
façon dont il a usé de
sa fortune durant sa vie et dont il en a disposé pour après
sa mort, Calouste Gulbenkian a prouvé qu'il avait parfaitement conscience
de la fonction sociale de la richesse et des devoirs moraux qu'elle impose à ceux
qui la détiennent.
La fortune
qu'il avait amassée
grâce à son génie
et à un travail bien souvent épuisant, fut finalement mise
au service de l'humanité, sous forme de bienfaits matériels
et spirituels.
En plaçant sa Fondation sous l'égide
des lois portugaises et en lui donnant pour siège Lisbonne, Calouste
Gulbenkian ne prouvait pas seulement son estime et sa prédilection
pour le pays qui l'avait accueilli à un moment critique de l'histoire
du monde et plus particulièrement
de l'Europe. Il a voulu montrer - ainsi qu'il est expressément stipulé dans
le préambule du décret-loi n2 40 690, du 18 juillet 1956, qui
sanctionna les statuts - qu'il savait quel "respect l'on professe au
Portugal, dans les cas de ce genre, pour la volonté des Fondateurs",
aussi sa "décision fut-elle également un acte de foi et
une preuve de confiance". Et le texte ajoute:"Le légitime
espoir de celui qui a remis à notre pays la garde de ce magnifique
héritage ne sera pas déçu, et l’administration
de la Fondation, en majorité portugaise, ne manquera pas de répondre
pleinement à cette confiance, en agissant avec discernement et en
exécutant scrupuleusement la volonté du testateur."