![]() | Pionnier de l'industrie pétrolière, Calouste Sarkis Gulbenkian (1869-1955) fut
un homme d'affaire d'une rare envergure internationale. Né à Istanbul
dans une famille arménienne, il suivit ses études à Londres, exerça la
fonction de représentant commercial de la Perse à Paris, avant de
s'installer au Portugal. Mais Calouste Gulbenkian fut également un extraordinaire collectionneur de nombreuses et précieuses œuvres d'art. La collection qu'il réunit au cours de sa vie témoigne d'une rare sensibilité, d'une connaissance profonde de l'histoire de l'art et de la subtilité, la persévérance et le tact qui caractérisent les grands diplomates et les grands négociateurs. |
![]() |
Calouste Sarkis Gulbenkian est né le 23 mars 1869 à Scutari, l'actuel
Üsküdar (du côté asiatique d'Istanbul). Il est le fils de Sarkis et
Dirouhie Gulbenkian, membres d'une illustre famille arménienne, dont les
origines remontent au IVe siècle. Ses ancêtres, les Princes de Rechdouni, détenaient d'anciennes terres féodales sur la partie sud du Lac de Van, en Grande Arménie. Au XIe siècle, les Rechdouni s'installent à Césarée en Cappadoce, l'un des plus anciens foyers du christianisme oriental. Ils prennent alors le patronyme de Vart Badrik, titre nobiliaire byzantin. Ce n'est qu'à l'arrivée des Ottomans au XVIIe siècle que le patronyme Vart Badrik est turquifié sous la forme de Gulbenkian. Tout au long des quatre siècles de résidence en Cappadoce, la famille Gulbenkian apporte son mécénat à l'éducation, aux arts et aux œuvres de bienfaisance. En 1880, Sarkis Gulbenkian, le père de Calouste, s'installe sur les rives du Bosphore. |
| Calouste
Gulbenkian accomplit ses premières études à Kadikoy (Chalcédoine), à
l'école Aramyan-Uncuyan, puis à l'école française de Saint Joseph. Il
part ensuite pour l'Europe ; d'abord à Marseille pour approfondir son
apprentissage du français, puis à Londres au King's College
où il poursuit sa formation d'ingénieur et en sciences appliquées. Il
en sortira brillamment diplômé en 1887. Il n'a alors que 19 ans. A 20 ans (1889), encouragé par son père, Calouste Gulbenkian fait un long voyage d'Istanbul à Batun et après jusqu'à Bakou, traversant la Transcaucasie. Il publiera le récit de son voyage dans un livre intitulé «La Transcaucasie et la péninsule d'Apchéron à Souvenirs de voyage», et dans un article pour la prestigieuse Revue des deux mondes. Ce livre et cet article attirent l'attention du Ministre des Mines du gouvernement ottoman qui demande au jeune Calouste d'élaborer un rapport sur les gisements pétrolifères de l'empire, notamment ceux de la Mésopotamie (Irak). |
![]() | En 1892, Calouste Gulbenkian épouse à Londres Nevarte Essayan, dont la famille était aussi originaire de Césarée. En 1895 il quitte sa terre natale pour l'Égypte. Là-bas, il rentre en contact avec d'éminents hommes d'affaires du monde du pétrole. Dès lors, le jeune homme apprend rapidement tous les rouages et arcanes de ces milieux, pour lesquels il démontre une sensibilité raffinée et un sens aigu de la diplomatie. Il anticipe l'importance des réserves pétrolifères au Moyen-Orient. En véritable expert, il réussit à convaincre des grands financiers internationaux ainsi que les autorités ottomanes de la nécessité d'en organiser l'exploitation. Il participe à la création du groupe Royal-Dutch Shell, met en relation les industries pétrolières américaines et russes et fait démarrer l'industrie du pétrole dans le Golfe persique. |
![]() | En 1910 la Banque nationale de Turquie est fondée dans le but de
faciliter le développement économique du pays. Calouste Gulbenkian est
nommé conseiller de la banque et entrera bientôt en négociation avec des
investisseurs allemands qui cherchent à obtenir des concessions. Il
parvient à converger les intérêts des Britanniques et des Allemands et
négocie une alliance avec les Turcs. En 1912, la Turkish Petroleum Company (TPC) est née. Elle a pour objectif l'exploitation des riches réserves des champs irakiens. La compagnie englobe la Royal-Dutch Shell (25%), la Banque nationale de Turquie (35%), les intérêts allemands (25%) et les intérêts de Calouste Gulbenkian (15%). |
![]() | Calouste Gulbenkian se révèle un collectionneur hors pair. Il rassemble
au fil de sa vie, au gré des voyages et parfois au prix de longues et
laborieuses négociations avec les meilleurs experts et commerçants
spécialisés, une collection très éclectique, unique au monde. En plus de sa passion, de sa sensibilité et de ses vastes connaissances en matière artistique, Calouste Gulbenkian fait preuve de rigueur et de ténacité dans ses contacts avec les experts et marchands d'art. Ses rapports quotidiens avec les plus grands courtiers du négoce d'objets d'art le tiennent informé des mouvements sur le marché de l'art et lui permettent de mûrir sérieusement ses décisions. Sa discrétion lui vaut de réaliser ses meilleures transactions, à l'abri d'autres intéressés, souvent doublés par l'extrême rapidité d'action du collectionneur. Il ne montre pas facilement ses œuvres, si ce n'est qu'à des intimes. Et lorsqu'un inconnu demande à voir ses toiles, il répond : Dévoilerais-je les femmes de mon harem à un étranger ? |
![]() | Outre son rôle de pionnier de l'industrie du pétrole et sa passion pour
les objets d'art, Calouste Gulbenkian est Arménien. Il le témoigne
largement, faisant bénéficier plusieurs communautés arméniennes de sa
généreuse et souvent très discrète sollicitude. Les communautés du Moyen-Orient en sont les premières privilégiées. Entre 1920 et 1940, le mécène apporte son soutien à la construction d'écoles, d'églises arméniennes et de centres médicaux en Turquie, en Syrie, au Liban, en Irak et en Jordanie. A Jérusalem, Calouste Gulbenkian fait construire, en 1929, un magnifique édifice abritant la Bibliothèque Gulbenkian. Par le nombre et la qualité de ses archives, elle est l'une des plus importantes bibliothèques arméniennes de la diaspora. Son soutien au Patriarcat arménien de Jérusalem se poursuit jusqu'à aujourd'hui par des subventions que la Fondation Gulbenkian lui verse régulièrement. |
![]() | En
1942, alors que la Seconde Guerre mondiale bat son plein, Calouste
Gulbenkian est installé à Vichy où il représente les intérêts
commerciaux de la Perse. Il décide de partir aux Etats-Unis. L'Ambassadeur du Portugal en France invite Calouste Gulbenkian à séjourner à Lisbonne. Il décide de rester dans cette ville, capitale d'un pays neutre dans une Europe dévastée par la guerre. C'est ainsi qu'il s'installe à l'Hôtel Aviz et qu'il y passera ses treize dernières années. Vers la fin de sa vie, l'idée d'une fondation prend forme. Elle se concrétise par l'élaboration d'un testament créant une fondation portugaise à des fins charitables, artistiques, éducatives et scientifiques. Ce testament l'institue héritière de toute sa fortune, non sans avoir laissé à ses enfants des « trust » et ayant établi des pensions à vie pour d'autres membres de sa famille et ses collaborateurs les plus fidèles. Calouste Gulbenkian meurt à Lisbonne le 20 juillet 1955, à l'âge de 86 ans. |